jeudi 7 août 2014

PROMENADE n°5 : Au coeur de la ville (1ere partie)

Point de départ : place Louise. Parkings: place Poelaert et boulevard de Waterloo; métro ligne 2 et 6; trams 92 et 94 ; bus n°6, 8,10 et 11.


1- A l'ombre du Palais de Justice
Palais de Justice de Bruxelles, oeuvre de Joseph Poelaert 
Construit entre 1860 et 1883 par Joseph Poelaert, le Palais de Justice de Bruxelles  fut longtemps le plus colossal de tous les bâtiments d'Europe et même du monde. Il symbolisait, à sa façon, la formidable réussite de la "jeune Belgique" devenue en un demi siècle seulement  la seconde puissance industrielle de la planète, juste  derrière la Grande-Bretagne.  Incontournable, donc!
Pas de doute, pour Joseph Poelaert
Bruxelles en 1880 est vraiment la nouvelle Babylone
. 
Son style -  néo-assyro-babylonien (eh oui!) -  n'a en principe  rien à voir avec l'Art nouveau bruxellois mais en jetant un coup d'oeil à l'intérieur et à l'extérieur de ce palais unique au monde vous découvrirez vite que par son extravagance et sa liberté de ton  absolue il témoigne déjà du bouillonnement intellectuel qui s'annonce dans la  très provinciale capitale belge. On peut se promener librement dans cet édifice aux heures d'ouverture 


Juste derrière le Palais de Justice la jolie place Jean Jacobs a perdu tout un pan de ses belles maisons fin de siècle remplacées par des bureaux anonymes. Mais l'autre côté a heureusement conservé son allure originale.

15 Place Jean Jacobs. Jules Brunfaut (1903)
Au 15 Place Jean Jacobs, Jules Brunfaut a construit une assez insipide maison de style éclectico-médiéval. Elle  n'attirerait guère notre attention si le même Jules  Brunfaut n'avait été en 1903  l'auteur du merveilleux hôtel Hannon,  l'un des principaux chefs d'oeuvre de l'Art nouveau bruxellois (voir en ouverture de la promenade n°2).



9 place Jean Jacobs -. Georges Hobé (1904)





En revanche, au  9 Place Jean Jacobs, Georges Hobé,  ébéniste de métier, ce créateur de meubles Art nouveau, venu sur le tard à l'architecture,  signe à l'âge de cinquante ans (1904) une très belle maison moderniste.  Utilisant uniquement briques blanches et pierres blanches,  il compose une asymétrie harmonieuse  en jouant sur la forme des fenêtres. Au rez-de-chaussée, elles sont en plein cintre avec une porte largement ajourée et garnie de fers forgés. Au premier étage, la large baie vitrée se décompose en trois partie avec un bow-window triangulaire central couronné d'une terrasse (qui, après restauration,  a retrouvé son garde-corps en fer forgé de style géométrique). 
Au dessus de chaque fenêtre un panneau décoratif en pierre orné de trois cercles énigmatiques. Et comme sa voisinne, la façade se termine étrangement en un demi oval de pierre blanche couronné d'un demi cercle lui aussi très énigmatique.


7 place Jean Jacobs.
Georges Pereboom (1902.
 Juste à côté,  Georges Pereboom  a composé en 1902 une façade dans un esprit moderniste presque identique...en apparence du moins(voir promenade n°2 sa maison personnelle).  Tout l'intérêt de ce duo exceptionnel réside donc dans la confrontation immédiate de deux façons d'aborder l'Art nouveau  Ici, pas de rigueur géométrique mais plutôt de la poésie:  la porte d'entrée en belle boiserie est surmontée d'un très classique  figure féminine et, au dessus, de l'auvent, l' imposte est garnie d'une rosace gothique en fer forgé. Pereboom mélange les éléments sans grande rigueur tout à l'opposé de Georges Hobé  Cette maison que l'on pourrait qualifiée d'Art nouveau rococo est couronnée comme sa voisinne par un demi oval portant un message: ici  une sorte de chandelier en fer forgé à neuf branches qui fait inévitablement penser à une hanoukkia, symbole de la Fête juive des Lumières. Même type de fer forgé sur les côté pour l'ancrage de la façade.

Avant de quitter la place Jean Jacobs, jetez encore un coup d'oeil aux n° 1 et 3 qui font angle avec la rue aux Laines. Maisons très étroites et d'aspect banal mais bourrées de petits éléments Art nouveau.
Suivez ensuite la rue Wynants puis l'étroite rue du Faucon qui plonge vers le quartier historique des Marolles et aboutit à la rue Haute, une des plus ancienne  rue de Bruxelles, dont le tracé date du Moyen-Age.

2 - La Cité Hellemans

En tournant à gauche dans la rue Haute, on arrive à la Cité Hellemans (du nom de son concepteur , l'architecte Emile Hellemans, qui l'a imaginée dès 1905 et mise en chantier entre 1912 et 1915). Ce sont les plus anciens logements 
La Cité Hellemans, côté rue Blaes (1915). 
Dès  sa création des magasins avaient été prévus 
pour assurer le bon fonctionnement de la cité. Ils sont toujours là.

  1. sociaux de Bruxelles, conçus dans l'esprit hygiéniste britannique et l'esprit moderniste belge, alliant confort et esthétique Art nouveau (bandes de briques polychromes, oriels, formes et répartition des fenêtres etc). Ils ont remplacé un réseau serrés d'impasses et de rues misérables où habitaient plus de mille personnes. Cet ensemble exceptionnel de 273 logements comprend sept barres parallèles séparées par de larges allées piétonnes qui favorisent l'ensoleillement (chaque appartement a son balcon ou sa terrasse). Les allées ont reçu le nom d'un des petits métiers artisanaux pratiqués dans les Marolles : rues des Ramoneurs, des Chaisiers etc. Les barres sont reliées entre elles par des passages sous arcades qui donnent un caractère monumental à l'ensemble. Conçue pour durer quelques décennies, la cité Hellemans vient d'être entièrement rénovée, restaurée et modernisée tout en conservant sa fonction sociale. Elle fêtera son centième anniversaire en 2015
Rue transversale sous arcades de la cité Hellemans . 

En quittant la cité Hellemans, rejoignez la rue des Capucins qui relie la rue Haute  et la rue Blaes. S'y trouve la première école normale réservée aux filles de Bruxelles. 

3 - Une école signée Henri Jacobs

Première école normale pour jeune fille pauvre de Bruxelles. H. Jacobs (1910)


La ville de Bruxelles, en effet,  ne s'est pas contentée de créer des logements sociaux dans un des quartiers les plus misérables de la ville, elle y a aussi établi tout un réseaux d'enseignement. Exemple : au n° 58 rue des Capucins, Henri Jacobs (1864-1935) construit une école normale pour jeunes filles (école Emile-André rebaptisée aujourd'hui Institut Emile Diderot)
Elle a été inaugurée en 1910, bien avant que commencent  les travaux de la cité Hellemans.

Détail du préau de l'école normale de la rue des Capucins






Ce bâtiment d'aspect sévère cache un véritable trésor artistique: un préau stupéfiant par sa décoration lumineuse totalement Art nouveau. Grandes baies vitrées qui donnent sur une cour intérieure, galerie avec consoles et garde-corps modernistes, nombreux lustres électriques presqu'intégralement dans leur état d'origine, décoration au pochoir des petites voûtes en berceau du plafond et enfin nombreux sgraffites éducatifs signés Privat-Livemont.
Fresque murale de Privat-Livemont  glorifiant la ville de Bruxelles
Bref, une oeuvre totale où l'Art nouveau se met au service de l'enseignement, dans un milieu très populaire.


En semaine, l'école est facilement accessible et il est possible d'obtenir l'autorisation de pénétrer à l'intérieur du préau. 



Après cette visite (si vous avez eu un peu de chance!), descendez la rue des Capucins, tournez à droite dans la rue Blaes et puis  tout de suite à gauche..

4 - "Le" jardin d'enfants de Victor Horta


Jardin d'enfants
 au coeur du quartier populaire
des Marolles
(Victor Horta 1896)
Au n°40 rue Saint-Ghislain, Victor Horta est le premier à se préoccuper du rôle social de l'architecture Art nouveau. L'idée de départ est venue du bourgmestre de la ville, Charles Buls. Séduit  en 1895 par une des premières oeuvres révolutionnaire de l'architecte, la maison Frison (voir presqu'à la fin de cette promenade), il le mit au défi de construire dans le même esprit un jardin d'enfants au coeur du quartier le plus déshérité de la ville. Victor Horta releva le gant, mais fidèle à ses principes sociaux et philosophiques, il prit tout son temps pour faire de ce modeste  projet un véritable manifeste de l'Art nouveau.
La construction est simple: quatre classes seulement et un vaste préau éclairé par une grande lanterne appuyée sur une légère charpente métallique. Mais la façade en pierre bleue, pierre d'Euville et pierre blanche de Gobertange est une véritable leçon sur l'Art nouveau lui-même.
Marquise en coup de fouet
du Jardin d'enfant qui a inspiré Guimard
Victor Horta (1896)
Certaines pierres sculptées ont exigé le travail d'un ouvrier-artisan pendant trois semaines. La marquise qui protége des intempéries repose sur de magnifiques consoles en fer forgé ouvragées en coup de fouet. Elles s'écartent en éventail, symbolisant aux yeux de l'architecte la croissance et l'épanouissement des enfants.

En quittant le Jardin d'Enfants descendez un peu plus bas dans la rue Saint-Ghislain et, pour un nouveau coup de coeur, prenez la rue de Nancy, à droite.


5 - Une maison d'artiste en 1900

Autour de 1900, beaucoup d'artistes, peintres, musiciens, sculpteurs ont voulu s'installer dans une maison Art nouveau conçue spécialement pour eux. C'est le cas du jeune peintre Albert Cortvriendt  qui serait sans doute totalement oublié aujourd'hui si il n'avait confié la construction de sa maison et de son atelier (6-8 rue de Nancy) à  un de ses amis:  Léon Sneyers. En 1900, Albert Cortvriendt a 25 ans, Léon Sneyers 23. Ce sont deux jeunes hommes provocateurs et modernes. Sneyers a été élève de Paul Hankar le grand initiateur de l'Art nouveau géométrique. Cette première maison en est une déclinaison personnelle éblouissante. Mais ce sont les éléments décoratifs qui apportent une sorte de magie indéfinissable à cet ensemble ensemble architectural unique. 
Double porte d'entrée ajourée du 6 rue de Nancy (entrée principale).
Vitraux géométriques inspirés par les masques africains. 

Sgraffite géométriste conçu pour le 6-8 rue de Nancy.
par  Paul Cauchie, ami de Léon Sneyers et  aussi élève de Paul Hankar.
6 Pause au Palais du vin

Au début de la rue des Tanneurs, prenez à droite la rue du Miroir puis à gauche la rue des Tanneurs.En 1892, Ernest Catteau, patron de la société Brias et Cie (fournisseur de la Cour en pâtisseries, vins et liqueurs), achète l'ancienne Boulangerie économique  installée au 60 rue des Tanneurs. Il la remplace par un grand entrepôt vinicole. Le succès est tel qu'en 1910 il faut agrandir. L'architecte Fernand Symons imagine donc pour le 50-62 rue des Tanneurs une superbe
Le Palais du Vin, Ferand Symons (1910)
façade en briques jaunes et pierres blanches de style gothico-Art nouvreau. Le Palais du Vin 
est délocalisé à la fin du XXème siècle mais le bâtiment, racheté par le Centre public d'aide sociale de Bruxelles en 1997, a été restauré intégralement en même temps que le Marché de Pède voisin qui était spécialisé dans le textile. A voir particulièrement les grandes halles à barriques de vin. Spectaculaires
Aujour d'hui le Palais du vin est transformé en ateliers et lieu de restauration très agréable 


7- Le fantôme de Victor Horta 


Après avoir reconstitué vos forces, revenez sur vos pas rue des Tanneurs. Passant par la rue des Brigittines et avant d'arriver à la place de la Chapelle, il vous faudra traverser une sorte de no man's land, résultat de la pire opération urbanistique bruxelloise: la construction de la jonction ferroviaire souterraine entre la gare du Midi et la gare du Nord. Les travaux ont duré plus d'un demi siècle pour se terminer en 1954, laissant un centre ville complètement dévasté, qui ne s'en remettra jamais vraiment.
Entre vestiges médiévaux,  église baroque, bowling et boulevard,
la tour qui a remplacé la Maison du Peuple de Horta
Pour parachever ce désastre, dix ans plus tard, en 1964, le chef d'oeuvre absolu de Victor Horta, la Maison du Peuple, commandée par le leader socialiste Emile Vandervelde, fut rasée sur ordre du même Parti Socialiste, pour réaliser une immonde spéculation immobilière.
Voici résumé en trois documents l'histoire de cette tragédie
En 1963, appel international
pour sauver la Maison du Peuple de Victor Horta
L'un des premiers livre remettant à l'honneur l'Art nouveau
et particulièrement l'oeuvre de Victor Horta
Il est préfacé par Louis Aragon
Envoi de l'auteur de ce livre, R.H. Guerrand,
à l'écrivain belge Charles Bertin.
Tout est dit. On est en 1965.

La rue des Brigittines vous conduit donc à la place de la Chapelle puis à la rue Joseph Stevens. Juste en face de la tour en béton qui a remplacé la Maison du Peuple une "fausse" petite place - les numéros sont ceux de la rue Stevens -  a été tardivement rebaptisée "Emile Vandevelde"   en mémoire  du leader socialiste,de l'architecte... et de la Maison du Peuple. Misérable signe de contrition!!!!

8 De Victor Horta à Paul Hemanus...quels liens ?

Sur cette petite place au 22 rue Joseph Stevens, Paul Hermanus a construit un petit immeuble de rapport tout à fait dans l'esprit Art nouveau. Il faut toutefois remarquer qu'entre le projet initial et la réalisation il y a une sacrée différence. Sous l'influence de Victor Horta?
Projet de façade initial 
un peu tarabiscoté pour
 le 22 rue Joseph Stevens. 
Architecte : 
Paul Hermanus
Le 22 rue Joseph Stevens 
tel que réalisé.
En face se trouvait 
la Maison du Peuple
de Victor Horta
Paul Hermanus  est essentiellement  connu pour avoir bâti à Ixelles, au coin de la rue de l'Abbaye et de la chaussée de Vleurgat,  l'hôtel particulier d'Anna Boch dont il était un grand ami. Cet hôtel fut malheureusement remplacé dans les années '50 par un vulgaire immeuble de rapport. Mais on sait aussi que la richissime Anna Boch, mécène des arts, musicienne et grande figure de la peinture néoimpressionniste belge, demanda  à Victor Horta de meubler son hôtel.   
Étrange coïncidence!  Paul Hermanus construit face à la Maison du peuple de Victor Horta  et Victor Horta meuble l'hôtel particulier d'Anna Boch construit par Paul Hermanus... L'hôtel d'Anna Boch et la Maison du peuple ont été détruits. Que reste-t-il de cette rencontre entre deux architectes? Le 22 rue Joseph Stevens ... peut-être. A vous de juger...


29 rue Joseph Stevens 

Au 29 rue Joseph Stevens on trouve un autre  immeuble avec rez-de-chaussée commercial typiquement Art nouveau avec ses majoliques à décor floral vert d'eau, ses gardes corps en fer forgé dessinés en coup de fouet et son élégante légèreté qui contraste singulièrement avec un environnement architectural beaucoup plus dans la tradition bruxelloise.






9 - Horta au quartier du Sablon sur le chemin d'un renouveau 

Le Jardin d'hiver de l'Hôtel Frison
Victor Horta (1895)
En sortant de la rue Joseph Stevens vous entrez automatiquement dans le très chic quartier du Sablon,  réputé pour ses magasins d'antiquités et son marché des samedis et  dimanches . Dans cet environnement qui n'a guère échappé  à la folie destructrice des années 50-80 on trouve encore  quelques  remarquables témoins Art nouveau.

Et d'abord, l'Hôtel Frison, de Victor Horta,  37 rue Lebeau construit en 1895 pour un avocat   (c'est en découvrant cette maison que Charles Buls, bourgmestre de Bruxelles, demanda à 
Le fabuleux départ de la rampe d'escalier 
l'architecte le Jardin d'enfants de la rue Saint-Ghislain - voir point 4 de cette promenade). 
La façade de cet hôtel a été partiellement défigurée en 1955 pour créer une grande vitrine commerciale à l'époque où l'oeuvre de  Horta était purement et simplement vouée aux gémonies. Mais l'intérieur est en très bel état avec plusieurs élément remarquables - rampe d'escalier, manteaux de cheminées, portes et poignées, mosaïques flamboyantes au sol et surtout la grande verrière vitraillée du Jardin d'hiver (superbement restaurée).
Enfin de délicat travaux de restauration, effectués par le précédent propriétaire, ont permis de redécouvrir des peintures murales exécutées par la maître de l'art nouveau.


La cheminée et les grandes glace
du salon du premier étage 
Cette maison historique vient de changer de mains. Mme Nupur Tron, épouse de l'ambassadeur des Indes à Bruxelles, totalement séduite par l'oeuvre de Victor Horta, a décidé de s'y installer avec sa famille. Conseillée par Mme Françoise Aubry, directrice de Musée Horta, elle a entrepris de restaurer en profondeur l'immeuble qui devrait se transformer en fondation et être ouvert  au public avant la fin de 2018 




10- Le dernier sgraffite commercial...

A voir aussi, dans le même quartier,   le seul sgraffite commercial bruxellois qui à survécu aux injures du temps : l'enseigne de la boulangerie  
De Zonne Bloem,  40 rue des Minimes (pour l'instant magasin de livres d'art).
Plusieurs maîtres de l'Art nouveau ont décoré des façades commerciales. 
Aucune n'a survécu sauf celle-ci

11 - La pause au Perroquet 
Un des sgraffites du Perroquet
Enfin vous ne pourrez raté le café-restaurant Le Perroquet (31 rue Watteeu).   En fait, c'est le dernier établissement bruxellois  a avoir conservé intégralement son décor Art nouveau (sgraffites, vitraux, éclairage, mobilier etc. etc.) et, à ce titre, ce bistrot est une véritable pièce de musée. Il fait angle avec la rue Charles Hannssen.  Autrefois c'était le bien nommé "Café du Palais",  lieu de rendez-vous de tous les avocats bruxellois qui passaient une bonne partie de leur temps dans cet énorme Palais de Justice qui fut notre point de départ. La boucle est donc bouclée.
Le comptoir du Perroquet
Malgré nos recherches, il ne nous a pas toujours été possible de déterminer la date du décès des architectes ou des artistes ayant réalisé une oeuvre montrée dans cet article ou de retrouver des ayants droit.  Afin de ne pas enfreindre involontairement la législation sur les droits d'auteurs, toute précision ou information concernant l'un ou l'autre document photographique  sera immédiatement prise en compte. Sans autorisation, le ou les documents photographiques seront immédiatement supprimés. 




























































mercredi 14 mai 2014

PROMENADE n°4 Autour de l'Hôtel de Ville de Saint-Gilles
(voir aussi promenade n°2)
Trams métro: Métro : Horta / Tram : 18, 23, 55, 81, 82, 90 / Bus : 48, 54.


Commune en plein essor à la fin du XIXème siècle, Saint-Gilles prouve le caractère extraordinairement populaire de l'Art nouveau bruxellois (voir promenade n°3). 
L'environnement immédiat de l' Hôtel de ville en témoigne.

L'Hôtel de ville de Saint Gilles

La logique aurait voulu que ce bâtiment inauguré en 1904 soit dans l'esprit moderniste qui faisait vibrer tout Bruxelles à l'époque. Et bien non...Dix ans après le coup d'éclat de Victor Horta, pourtant citoyen de Saint-Gilles et déjà vedette internationale, c'est le style Renaissance (époque Louis XIII) qui l'emporte... L'Architecte, Albert Dumont, réalisera pourtant avec son fils Alexis quelques maisons Art nouveau...Mais au moment où il est choisi par la commune de Saint-Gilles, on est en 1896...un peu trop tôt. 

L'Hôtel de Ville de Saint Gilles : un château français signé Albert Dumont (1896-1904)...


...avec son étonnant campanile.
Mais la révolution moderniste  s'insinue quand même dans le nouvel édifice et lui conféra dès le départ un rôle inattendu de musée d'art contemporain: sculptures, peintures, fresques, tapisseries. Rien n'est trop beau pour ce moderne palais démocratique... Tous les artistes qui ont apporté leur contribution habitaient le Saint-Gilles de l'époque.


La Déesse du Bocq. Jef Lambeaux
A tout seigneur tout honneur, une statue du sulfureux Jef Lambeaux s'impose aujourd'hui comme une évidence dans la cour d'honneur de l'édifice. Comme une évidence? Oui, car ce ne fut pas toujours le cas. En 1900 cette Déesse du Bocq  fut jugée si scandaleuse qu'on la relégua pendant sept décennies dans une cave de l'Hôtel de ville.
On raconte que lorsqu'on la sortit de sa retraite forcée  les seins divins avaient été polis et repolis par de si nombreuses mains  qu'il fallut, pour éviter le scandale, les ternir avant de les exposer enfin. 
La Déesse du Bocq,  symbolise la source wallonne qui alimente en eau la commune de Saint-Gilles. 

D'autres statues ornent la façade de l'édifice (dix sculpteurs ont apporté leur collaboration) , mais c'est encore  une oeuvre de Jef Lambeaux qui trône magistralement dans  le spectaculaire hall d'entré de l'Hôtel de ville. Et elle s'intitule en toute simplicité : Volupté . Et personne ne songe à la renvoyer dans une sombre oubliette infernale. 
Volupté de Jef Lambeaux.
Derrière elle, à travers la fenêtre, on distingue l'avenue Jef Lambeaux ...
C'est tout dire

Dans le même hall,  sous un caisson en verre qui la protège des agressions atmosphérique, 
La Porteuse d'eau de Julien Dillens
la Porteuse d'eau  de Julien Dillens. Cette image modeste mais emblématique de la commune  orna longtemps, sous un spectaculaire échafaudage métallique  Art nouveau, le carrefour dit Barrière de Saint-Gilles à cent mètres de l'Hôtel de  Ville. Une réplique (sans échafaudage) l'a remplacée.



Le Hall d'entée est aussi orné de grandes fresque signées par un peintre de la tendance  symboliste  longtemps oublié, mais qui a retrouvé accidentellement une célébrité: il avait eu la bonne  idée de confier à l'un des plus grand architectes Art nouveau, Paul Hankar,  le soin de construire sa maison rue de Facqz. Elle est célèbre aujourd'hui dans le monde entier  sous le nom d'Hôtel Ciamberlani.
Fresques pastorales d'Albert Ciamberlani pour l'Hôtel de ville de Saint-Gilles
Ne vous étonnez pas : toutes ces fresques ont un caractère éminemment bucolique, évoquant la vie à la campagne, les travaux des champs.  C'est un choix très volontaire. La plupart des habitants de Saint-Gilles sont en 1900 des primo arrivants comme on dit aujourd'hui, ce sont des émigrés de l'intérieur. Ils viennent des campagnes voisines où ils ont encore toutes leurs attaches familiales et sentimentales. Les fresques d'Albert Ciamberlani sont là pour les apaiser, les rassurer...  

Si vous avez de la chance, vous pourrez aussi visiter la salle des mariages de l'Hôtel de ville de Saint-Gilles. Son plafond  a été décoré par Fernand Khnopf, star du symbolisme belge, ses murs par unes série extraordinaire de tapisserie dessinée par Isidore de Rudder et tissées par son épouse Hélène, deux acteurs essentiels de l'Art nouveau bruxellois
Détail d'une tapisserie d'Isidore et Hélène de Ruder pour la Salle des mariages


Détail d'une des peintures de Fernand Khpnoff  ornant le plafond de la Salle  des mariages 

Faut-il le rappeler, tous ces artistes, ils sont une centaine au total, étaient "de" Saint-Gilles, tout comme Victor Horta. Il faudra peut-être un jour se pencher sur le rôle déterminant  d'une petite commune bruxelloise dans l'Histoire mondiale de l'art. 

(*)Visite de l'Hôtel de ville Le hall central est accessible tous les jours ouvrables pendant la matinée.L'Hôtel tout entier est ouvert le 1er mercredi du mois: visite guidée: 15h; les autres jours: sur demande écrite (3 semaines à l'avance). Fermé vendredi après-midi, samedi, dimanche, l'après-midi en juillet et août. Métro : Horta / Tram : 18, 23, 55, 81, 82, 90 / Bus : 48, 54.
(**) Nos remerciement à M. Charles Picqué, Bourgmestre de Saint-Gilles, qui nous a autorisé à photographier les oeuvres présentées ici. 

Place Van Menen
Porte du 14 place Van Meenen
Face à l'Hôtel de ville, la place Van Menen est bordée de nombreux immeubles aux caractéristiques Art nouveau prononcées. Au 14, Paul Vizzavona a construit en 1911 un bel immeuble à appartement où l'on retrouve tous les éléments qui ont caractérisé son style: encadrement des baies, garde-corps des balcons... .Mais c'est dans la porte monumentale, toute en métal et en verre américain, qu'éclate une fois de plus son génie.
 Au 22, Léon Janlet signe en 1913 un autre immeuble de rapport très éclectique mais on y trouve encore un peu de trace de l'Art nouveau finissant


Camille Damman, la classe

Au 43 avenue Adolphe Demeur, également  en face de l'Hôtel de ville, Camille Damman a construit  en 1906 une très belle maison Art nouveau dont, malheureusement, les sgraffites, qui auraient pu être restaurés, ont été sauvagement détruits. 



43 Avenue Adolphe Demeur . Camille Damman  (1906)
C'est un prototype bruxellois  parfait: façade étroite en briques blanches et pierres bleues toute simple pour une maison familiale. Mais, à chaque niveau, l'architecte modifie l'apparence des baies pour créer un mouvement ascensionnel qui se termine à deux fenêrtes étroites entourant un fin bow-window triangulaire lequel indique comme une flèche la direction du pignon et sa composition géométrique à la fois abstraite et symboliste. Ce pignon se termine par un mystérieux cadran de pierre semi-circulaire. La porte d'entrée avec son imposte en arc outrepassé orné d'un vitrail où des vagues japonisantes menacent l'envol d'une libellule est très très belle.
A remarquer aussi les motifs géométriques abstraits taillés dans la pierre bleue qui répondent aux fers forgés des gardes-corps des balcons. Un regret éternel: la disparition des sgrafittes qui ornaient la façade

Camille Daman a aussi construit l'année précédente (1905) une autre maison de même inspiration au n°51 avenue Adolphe Demeur. Une première ébauche en quelque sorte.
En face de cette maison, deux façades éclectiques de la même époque en briques blanches et pierre bleue (n°30 et 32). La seconde est ornée de très beaux carreaux de céramiques floraux

Opéra baroque signé Gustave Strauven 

En 1902 Gustave Strauven construit une simple maison de rapport au 9 avenue Dejaer.    
9 avenue Dejaer. Gustave Strauven
 (1902)
Il la transforme en un opéra baroque de brique, de pierre bleue, de verre, de bois, de fonte, d'acier, de fer forgé et de vitraux. L'avenue toute entière, malgré la percé récente due aux travaux du métro, conserve son ambiance très fin de siècle, mais l'oeuvre de Strauven lui donne une dimension quasiment surréaliste avec, pour commencer, cette baie de l'entresol comme un oeil guettant les passants. Deux consoles de pierres sculptées la traversent pour supporter l'oriel trapézoïdal aux chassis exceptionnels, différenciés à chaque niveau. Une troisième console, de fer celle-là, forgée en coup de fouet et prolongée par un pilastre d'acier, achève de créer un mouvement continu élégant jusqu'aux balcons latéraux. Et tout en haut, la porte de la toiture mansardée s'inscrit dans une fausse baie de pierre blanche qui se termine, ultime envolée, par un exubérant épi de faitage en fer forgé soutenu par deux pinacles de briques et de pierres bleues sculptées en bonnets phrygiens. Il faut le faire: par ce dernier élément, Strauven se proclame en quelque sorte, architecte révolutionnaire, voire franchement libertaire

Le couronnement exubérant du 9 Avenue Dejaer .
Un siècle est passé, mais  Gustave Strauven reste toujours aussi stupéfiant!

Deux  jumelles qui interpellent

On peut encore admirer aux n°13 et 15 avenue Adolphe
13 et 15 avenue Adolphe Demeur 
 Demeur, deux maisons jumelles Art nouveau très particulières et étonnamment asymétriques. Au rez-de-chaussée, cinq fenêtres étroites et une porte bardées de fers forgés géométriques. Les cinq  Les cinq fenêtres sont surmontées d'un imposant bow-window trapézoïdal supporté par deux consoles métalliques et chapeauté par un petit balcon où on accède par une double porte-fenêtre.  
Au dernier étage, 7 fenêtres étroites dont les menaux sont prolongé par des consoles portant la corniche. Entre ces consoles des carreaux de céramiques à décor floral.

6 rue d'Albanie.
Au 6 rue d'Albanie, un peu plus loin, l'architecte Serrure signe une autre maison Art nouveau dont les sgraffites ont été restaurés avec soin. A remarquer ici  l'utilisation totalement  assumée  des poutrelles d'acier pour assurer la cohérence et la stabilité de l'ensemble. Une  caractéristique typique de l'Art nouveau bruxellois 

Les chefs d'oeuvre en péril 
de J.P. Van Oostveen 
 
246 et 248 Chaussée de Waterloo
J.P. Van Oostveen 
Enfin, pour ne rien rater de cet environnement exceptionnel, un regard s'impose aux six maisons classées de J.P. Van Oostveen (n° 246 à 256 chaussée de Waterloo).Sauf le n°256 restauré (à droite sur la photo), les autres sont de véritable chefs d'oeuvre en péril. A l'heure actuelle on ne peut qu'imaginer la beauté extraordinaire de ce prodigieux ensemble d'Art nouveau géométrique

.                                                                         
Deux  images valent mieux qu'un long discours pour décrire ce qui est menacé.
L'oeuvre de J. P. Van Oostven a pratiquement disparu du paysage bruxellois 

Retournez  maintenant un peu sur vos pas pour vous rendre avenue des Villas.   Au 9/11 de cette avenue, Léon Janlet  a construit en 1908, sur un terrain triangulaire particulièrement aigu un véritable "iron building" new-yorkais en miniature. Son rez-de-chaussée abritait primitivement un estaminet: d'où les trois  superbes 
sgraffites  Art nouveau qui ornent la façade côté rue Cluysennaar. Ils sont dédiés à la faro ( grandes spécialités  des brasseurs bruxellois)  et bien sûr à Bacchus.


Entrez ensuite dans la rue Jean Robie tracée en 1902 et qui est meublée presqu'uniquement d'immeubles de rapport construits dans l'esprit social et moderniste de l'époque. Parmi les plus intéressants, le n°29 avec sa belle façade de briques crèmes et de pierres bleues sculptées.Petite touche artistique supplémentaire :
Majolique du 29 rue Jean Robie 
(Guillaume Janssens)
quatre majoliques évoquant les saisons  ornent la travée centrale. Elles sont du  céramiste Guillaume Janssens (1880-1956).
 Ce type de décoration se retrouve de façon plus extraordinaire sur les deux maisons construites en 1911 par Léon Delville , 34 et 36 rue Jean Robie. 
36 rue Jean Robie : femmes, oiseaux, saisons
Hall d'entrée
36 rue Jean Robie
 Ici, l'insolite présence de quatre portraits de femmes, accompagnées chacune de l'oiseau la symbolisant, témoigne à elle seule de la formidable volonté de cet architecte de mettre l'art au service et à la portée de tous. La décoration des halls d'entrée, simple mais  très soignée,  relève de la même philosophie 


Camille Damman, avenue du Parc 
Descendez ensuite la rue Jean Robie pour rejoindre l'avenue du Parc. Belle avenue qui a grandement conservé son allure très “fin de siècle”. Élément le plus remarquable :la façade conçue en 1907 par Camille Damman pour le 38 Avenue du Parc. Elle est en briques blanches et oranges rehaussée de pierre bleue et de pierre blanche. La magnifique porte d'entrée, toute simple, est surmontée d'une imposte spectaculaire en forme de vasque. Ce mélange de formes polygonales, ovales et trapézoïdales est pratiquement unique dans l'Art nouveau bruxellois et donne un caractère très particulier à cette façade. les garde-corps des balcons, subtilement géométriques, et de très beaux sgraffites parachèvent ce véritable poème architectural.
Vitrail de l'imposte du 38 avenue du Parc.
Camille Damman (1907)
Au 88 avenue du Parc, enfin, le sommet de la façade est décoré d'un beau panneau de majolique


La composition est classique mais ce décor au faisans est assez rarement utilisé
88 avenue du Parc

L'avenue du Parc débute à la Barrière de Saint-Gilles, important carrefour où se croisent six avenues ou rues. Elle est dominée depuis le 10 avril 1900 par La Porteuse d'eau, de Julien Dillens.
La porteuse d'eau de Julien Dillens (copie).
Derrière elle:  la  maison construite par
Gustave Strauven  dans l'avenue Dejaer. 
A l'époque, elle était juchée au dessus d'une fontaine à quatre vasques alimentées par des chimères de bronze. Par dessus se dressait un candélabre à quatre bras ornés de dauphins et surmontés de la statue dorée de La Porteuse d'eau. Pour faciliter la circulation automobile naissante, et l'alimentation électrique des trams, cet ensemble fut démonté en 1932 et remplacé 45 années plus tard par un monument plus modeste dessiné par Jean Delhaye, l'architecte élève de Victor Horta qui consacra toute sa vie à défendre envers et contre tous l'oeuvre de son maître. La statue originale de La Porteuse d'eau, protégée de la pollution, se trouve à l'intérieur de l'Hôtel de ville de Saint-Gilles (voir au début de cet article) 



Malgré nos recherches, il ne nous a pas toujours été possible de déterminer la date du décès des architectes ou des artistes ayant réalisé une oeuvre montrée dans cet article ou de retrouver des ayants droit.  Afin de ne pas enfreindre involontairement la législation sur les droits d'auteurs, toute précision ou information concernant l'un ou l'autre document photographique  sera immédiatement prise en compte. Sans autorisation, le ou les documents photographiques seront immédiatement supprimés.